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Anaïs Bohuon est maître de conférences HDR à l'UFR STAPS de l'Université de Paris-Sud.
Socio-historienne, outre ses activités d'enseignement, elle publie des articles et ouvrages scientifiques sur le corps, le sport et le genre.

Son doctorat, obtenu en décembre 2008 à l’université de Paris-Sud, avait pour thème les discours médicaux et l’accès des femmes aux activités physiques et sportives (1880-1922).

En 2012, elle a publié son premier ouvrage sur les tests de féminité ou les « contrôles de genre » dans les compétitions sportives. Ce livre a pour ambition de revisiter l’histoire sociale et politique de ces contrôles et de montrer en quoi ils constituent un véritable dispositif de domination, afin d’appréhender la naturalisation du pouvoir et les rapports de domination qui s’y jouent.
Instaurés dans le but affiché d’empêcher les hommes de concourir dans les compétitions féminines et ainsi de maintenir la bicatégorisation sexuée, ces contrôles de genre, sous la forme d’examens médicaux, sont imposés aux sportives depuis 1966.

Parallèlement, elle collabore régulièrement avec l'historien Grégory Quin. En croisant l’histoire des sciences, plus précisément de la médecine et l’histoire des activités physiques et sportives au prisme du genre, ils tentent de montrer comment les muscles ont fabriqué « le sexe » et par là même une certaine définition contemporaine de la différence sexuelle. Plus encore, ils ont pour objectif de retracer les grandes lignes de la généalogie des normes de féminité contemporaine en montrant l’historicité du corps dans et par l’étude des techniques dont il constitue la matière première.

Anaïs BOHUON

  • Sport, Corps, Genre, Histoire, Sciences, Médecine, Intersectionnalité

Formations

Doctorat STAPS "Sciences du Sport, de la Motricité et du Mouvement Humain"- Mention Très Honorable

Université Paris Sud 11 - UFR STAPS
Septembre 2004 à novembre 2008
Description de la formation

Ecole Doctorale 456 – Laboratoire Sports, Politique et Transformations Sociales (S.PO.T.S. – J.E. 2496)

Titre de la thèse: Entre santé et pathologie: discours médicaux et pratique physique et sportive féminine (1880-1922)

Membres du jury:
Christine BARD, Professeure en HISTOIRE contemporaine à l’Université d’Angers (rapporteure)
Jacques DEFRANCE, Professeur en STAPS à l’Université de Paris 10 (examinateur)
Elsa DORLIN, Maître de Conférences en PHILOSOPHIE à l’Université de Paris I (examinatrice)
Catherine LOUVEAU, Professeure en STAPS à l’Université de Paris-Sud 11 (directrice)
Thierry TERRET, Professeur en STAPS à l’Université de Lyon I (rapporteur)

Les félicitations ne sont pas attribuées à l'Université Paris-Sud

Modules, options, contenu des cours
  • Résumé de la thèse:

    Entre santé et pathologie : discours médical et pratique physique et sportive féminine (1880-1922)

    La fin du XIXe siècle en France est marquée par une vague de campagnes hygiénistes répondant à un phénomène de dépopulation préoccupant. Les politiques natalistes tentent de réguler et de gouverner les corps par de multiples lois et moyens dont leur contrôle par la pratique physique et sportive. Dans ce cadre est votée en 1880 la loi d’obligation de la gymnastique dans tous les établissements scolaires primaires et secondaires de garçons : la Loi George qui répond avant tout à des préoccupations de défense nationale mais également à une volonté de régénération de la race. Cette volonté se traduit par une attention croissante accordée par les médecins à l’exercice des corps féminins, considérés comme les principaux responsables du renouvellement des générations. Notre travail s'attache à analyser les conditions socio-historiques de construction des discours médicaux au sujet de la pratique physique et sportive féminine ainsi que leur pluralité et leur fondement, à partir des années 1880 jusqu’en 1922, date du Premier congrès médical de l’éducation physique enfantine et féminine qui révèle la pratique physique féminine comme un domaine d’étude significatif.
    La grande majorité des écrits étudiés se caractérise par le rappel d’une modération nécessaire dans la pratique physique féminine dans un but ultime de procréation et, aussi dans une volonté accrue de maîtrise des corps. Engagés dans une véritable lutte d’imposition d’exercices corporels et d’enjeux professionnels, commerciaux ou personnels, les médecins prescrivent et/ou proscrivent des activités aux filles et femmes sous différentes formes. Dans les années 1880, les médecins se contentent de prescrire des pratiques sociales de référence comme la gymnastique ou les jeux sportifs et non sportifs. C’est la bicyclette qui, dans les années 1890, marque l’essor du discours médical. Dans les années 1900, les médecins se montrent séduits par les applications médicales de l’exercice, destinées aux malades et donc à l’ « éternelle blessée ». La volonté de rationaliser les pratiques physiques se traduit également par la création de nouvelles méthodes qui viennent s’ajouter à la gymnastique suédoise, telles que la méthode Demenÿ, ou la méthode naturelle. Enfin, certains auteurs prescrivent aux femmes la culture physique. Le discours d’avant-guerre, relativement prescripteur, légitime l’institutionnalisation du sport féminin pendant la guerre. Revenus du conflit, les médecins tentent de reprendre le contrôle en insistant sur la nécessité de renforcer la supervision médicale de la pratique physique et sportive féminine.
    Cette difficulté à délimiter clairement la pratique physique et sportive féminine montre que le domaine des activités physiques et sportives, bastion masculin par excellence où la matérialité du corps s'exprime en premier lieu leur pose problème. Comment exercer physiquement les corps féminins sans les viriliser, sans les dénaturer ? Cette crainte conduit les médecins à s’interroger sur l’influence de la pratique physique sur la puberté, la sexualité, le port du corset, ou encore à comparer la problématique de l’activité physique féminine à celle du travail des femmes. Les ambivalences et contradictions dans les discours sont nombreuses. Ces dernières s’éclairent parfois au regard des trajectoires biographiques des médecins. Néanmoins, le fondement du discours semble rester le même : les médecins oscillent entre la représentation d’un corps féminin par essence pathogène, malsain et un corps sain, procréateur. Cela se traduit dans leurs injonctions par une alternance entre protection et renforcement des corps féminins, plus encore entre les vertus curatives, prophylactiques et les risques pathologiques associés à la pratique physique et sportive féminine. Le discours médical semble pouvoir s’analyser en définitive comme la représentation de l’expression d’une volonté politique de contrôle des corps féminins dont le cadre et le fondement s’articulent entre pathologie et santé.
    Mots clés : Histoire, Médecine, Femmes, Pratiques physiques et sportives, Genre

    Between health and pathology: medical discourse and women’s physical and sporting activities (1880-1922)

    At the end of the nineteenth century, numerous hygienist campaigns offered solutions to respond to the alarming issue of depopulation. Pro-birth policies tried to regulate and govern bodies through multiple laws and means, such as physical training. In this context, in 1880, the George law, which made gymnastics compulsory in primary and secondary schools for boys, was voted. If this law was enforced primarily for military purposes, it also responded to a need and a will to regenerate the race. This will led to a growing attention paid by doctors to the training of female bodies, which were considered as the main responsible for the renewal of generations. Our work consists in analyzing the socio-historical conditions of construction of medical discourses on women physical and sporting practices, their plurality, their foundation, from the 1880s to 1922, date of the First Medical Congress on Physical Education for Women and Children, which attested that physical education had yet become a significant field of study. Most texts remind the necessity for women to practice a moderate physical activity, for the purpose of procreating, but also in order for doctors to ascend their control over female bodies. Involved in a true fight concerning the best methods to apply to women, linked to the fight over personal, professional and commercial positioning, doctors prescribed or banished various kinds of activities to girls and women. In the 1880s, doctors only prescribed social practices that are references at the time such as gymnastics and sporting or non sporting games. It's the bicycle in the 1890s that provoked the boom in medical discourses on the subject. In the 1900s doctors seemed seduced by the medical applications of exercises, for sick people, and thus for the "eternally wounded". The will to rationalize physical practices led also to the creation of new methods, which are added to the Swedish gymnastics, such as the Demenÿ method or the natural method from Hebert. Some writers prescribed also physical culture. Before the war the discourse was relatively in favor of physical activities for women, which legitimated the access of women to sports during the war. When they came back from the war, doctors tried to take back the control by insisting on the need to reinforce medical monitoring of such activities. This difficulty to clearly define female exercise shows that the field of physical and sporting activities, masculine field by excellence, where the materiality of bodies comes first, caused trouble to doctors. How should female bodies be exercised without being virilized or denatured? This fear led doctors to question the influence of physical practices on puberty, sexuality, on the need to wear corset, or to compare the issue of women's physical activity with that of women labor. Contradictions in the discourses were numerous. These contradictions could sometimes be explained by the doctors' biographies. Nevertheless, the ground of the discourse seemed to remain the same: doctors hesitated between the representation of a naturally sick, insane female body, and that of a sane procreative body. This led in the discourses to an alternation between protection and reinforcement of female bodies, moreover between the healing virtues of physical practices and the possible damages they can have on bodies. To sum it up, it seems that the medical discourse can be analyzed as the representation of the political will to control female bodies, whose frame and foundation articulate between pathology and health.
    Key words: History, Medicine, Women, Physical and sporting practices, Gender